Le
vent doux soufflait au travers de mes longs cheveux blonds. Mes pieds nus
s’enfonçaient dans le sol à chacun de mes pas. Les yeux fermés, je profitais du
silence et des quelques chants des oiseaux qui chantaient de temps en temps.
L’aube d’un rayon de soleil venait de se réveiller et s’illuminer contre ma
peau cristalline. Assise contre le sol depuis un moment, une présence vint me
sortir de ma transe. Je devine alors assez rapidement qui était cette personne.
Je me retourne vers lui tranquillement et me leva. Accoté contre un chêne, il
me regardait en souriant joyeusement, il était visiblement heureux d’être ici.
D’une marche assurée et gracieuse, je me mise à marcher vers lui en souriant
doucement. J’étais heureuse de le revoir, voilà longtemps que je ne l’avais pas
vu. Il ne venait vraiment pas très souvent par ici. Il me prit entre ses bras
en les serrant contre ma fine taille. Mes profonds yeux bleus rencontrèrent les
siens, perçants et dorés. Il me demanda de danser, ce qui me prit par surprise.
Voilà longtemps que je n’avais dansée et encore moins pour quelqu’un. J’accepte,
j’aimais l’idée. Marchant, entre les fleurs, ma longue robe bleu turquoise
trainait derrière moi, suivant chacun de mes pas. La soie et la dentelle
frottait contre ma peau. Tranquillement, je me mise à danser gracieusement,
mais le silence de la nature commençait à se faire lourd. Ma voix douce rempli
alors le silence des environs, pendant que ma robe virevoltait dans tous le
sens. J’éprouvais un profond sentiment de liberté, je ne pensais, ni
réfléchissais à rien. Je profitais du moment.
Après
un certain temps, je sentis quelqu’un m’arrêter en me serrant la main. Je me retourne
rapidement vers lui, qui me souriait chaleureusement. Il était temps qu’il s’en
aille. Mon sourire s’effaça. Au plus profond de moi-même, j’espérais qu’il
puisse rester à mes côtés. Voilà longtemps que je ne l’avais pas vu et je
n’avais pas envie de déjà le revoir partir. Je l’appréciais tant, le voir
repartir était difficile chaque fois, mais j’avais autre à faire moi aussi… Je
le regardais en souriant, d’un sourire presque forcé, refoulant le désir de lui
demander de rester près de moi. Je le détaillais rapidement, l’ombre du chêne
m’avait empêchée de bien le voir à quoi il ressemblait. Chaque fois que je le
voyais, il changeait puisque chaque fois que je le croisais une grande distance
de temps séparait chacune de nos rencontres. Il n’était plus le garçon effrayé
que j’avais trouvé il y a longtemps. Il était rendu fort, mystérieux et
confiant en ses moyens. Avec grand regret et un dernier regard je le laissait
repartir. Je souris d’un sourire malheureux et me retourne vers la forêt.
J’avais besoin de me changer les idées.
En
me dirigeant vers la forêt, je souris doucement en réfléchissant à ce que
j’avais envie de faire. J’avais besoin de changement. N’étant ni vraiment
humaine, ni complétement un animal, un entre-deux pouvait m’identifier.
J’emploie que très rarement le terme métamorphe, mais cela est exactement ce
que je suis. Respectée des autres, je suis une source d’exemple, un modèle pour
les gens que je rencontre et que j’aide. Franchissant la lisière de la forêt,
je me métamorphosais en louve blanche ce qui me changeait de mon habituelle
métamorphose en cheval blanc. Je peux prendre l’apparence de n’importe quel
objet, animal ou humain, mais je préférais de loin les animaux. Chaque
transformation est différente l’une de l’autre et les sensations que l’on
éprouve aussi. Courant à travers les arbres de la forêt, je me dirigeais vers
mon endroit préféré tout en m’adaptant à la vitesse et les sensations de ma
nouvelle forme. M’enfonçant et avançant au fur et à mesure, une cascade qui
apparaissaient devant moi à chacune de mes foulées. Je ralentis ma course tout
en reprenant une vitesse de respiration normale. Je fixais l’eau tranquillement
pendant un moment, avant de m’y jeter complétement. Je profitais doucement de
la sensation de bien-être que cela me procurait. Tout en nageant, je repris ma forme
naturelle. Je me laissais flotter, regardait le ciel et les grands saules
pleureurs qui me procurait un peu d’ombre pendant ma baignade.
Après,
m’être ressourcée complètement, je sortis tranquillement de l’eau. Mes pensées
reprirent le dessus, m’oubliant la réalité. Je laissai vagabonder mon âme et
mon être complet au travers des souvenirs malheureux qui refaisaient surface.
Je ne me souvenais pas à quand la dernière fois ces souvenirs avaient fait
surface, mais cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentit comme ça. Au
plus profond de moi-même, je repoussais l’idée de me montrer faible face aux
autres. J’ai de grandes limites, mais aussi une fragilité et une vulnérabilité
que j’essaie de ne jamais montrer. Dans cette vie j’avais vécu le bonheur l’amour
autant que la souffrance et la douleur. Lorsque je repris le dessus de mes
pensées, je me demandais pourquoi autant de souvenir était revenu faire
surface. Je me rappelai immédiatement alors, que longtemps ce jour avait été
fatidique. Le pire de tout ça, c’est que la seule impression que ces souvenirs
me laissaient, c’est que ces souvenirs ne m’appartenaient pas. Trop de
souvenirs douloureux à assimiler, j’étais en train de me perdre au travers des
propres moments de ma vie. La barrière entre la réalité et ce qui ne l’était pas venait d’être brisée en
milliers de morceaux.
Les
larmes se mirent à couler contre mes joues. Des voix résonnaient dans ma tête,
m’ordonnant courir, m’enfuir, partir le plus loin possible…Je ne voulais pas,
je voulais rester. Je regardais autour de moi, j’avais l’impression que tout ce
que je regardais me poussait vers l’horizon, dans une seule direction. Les
branches des arbres qui flottaient pointaient vers moi, comme si j’avais fait
quelque chose de mal, le vent poussait contre mon dos, la végétation créait une
barrière, comme pour m’empêcher de partir sauf vers un endroit. Un endroit qui
se situait derrière moi. Un endroit où je ne voulais pas aller. Les voix ne
cessaient toujours pas, m’obligeant à avancer. Comme si tous ce que je voyais
influençaient l’obligation de courir que m’ordonnaient mes pensées. Je ne pouvais pas empêcher mes jambes, une à
la fois, elles se mirent à marcher augmentant
en vitesse à chacun des pas. Devant moi, je vis apparaître une falaise. Elle
arrivait vite. Trop vite. J’avais beau essayer de m’arrêter, j’avais
l’impression que mon cerveau ne contrôlait plus mon corps. Le vide sous mes
pieds se fit sentir. Le noir complet se fit tout autour de moi m’emportant dans
un silence complet. Plus de voix, plus de nature contradictoire, plus
d’obligation de courir sans pouvoir m’arrêter, plus rien. Mon âme partie vers
je ne sais où, laissant comme dernier souvenir et le seul, la marque
fluorescente de mon bras.
Quand
je me réveillai, la douceur m’enveloppait. Complétement éveillée, je me
demandais ou j’étais. Je commençai à marcher tranquillement. J’avais l’impression
d’être sur une frontière entre une chose et une autre, mais sans savoir quoi
réellement. Aucune part de moi voulait mettre le pied sur un coté plus que sur
un autre. J’étais complétement perdue. J’avais l’impression d’être à la
recherche de quelque chose, mais je ne me rappelais pas de quoi. J’essayais de
m’accrocher à un moment, un souvenir, une partie de ma vie, mais un grand vide
habitait mon esprit et mon âme entière. Comme si je n’étais rien. Je regardais
autour de moi, et il n’y avait rien, seulement moi et ce vide… Soudainement,
devant moi, un écran de fumée et une personne au travers apparue. Dans l’écran
il y avait un homme, habillé de noir et de dos. Le sentiment de le connaître me
vint subitement, mais aucun souvenir auquel m’accrocher ne me rappelait l’avoir
vu quelque part. L’homme semblait regarder quelque chose devant lui, je ne
voyais pas quoi. Je fis mine de me tasser comme pour voir ce qu’il regardait.
L’image bougea au gré de mes pas. J’en restai bouche-bée.
Dans
un carrée de verre translucide et cadenacée, je me vis au centre. Je regardais l’homme,
comme si c’était la chose à laquelle je tenais le plus au monde et pourtant,
j’étais enfermée et prisonnière. Je ne comprenais pas, sans bouger, l’image
bascula complétement. J’étais à la place de la moi enfermée et ce que je voyais
maintenant était le visage de l’homme. Je reconnu immédiatement ses yeux.
Perçant et dorés. J’avais envie de crier, j’avais l’impression de perdre
complétement la tête. J’avais l’impression d’être une marionnette qu’on
manipulait comme on le voulait. Je voulais effacer ces images. Pourquoi
fallait-il que ce soit seulement de lui que je me souvienne? J’essayais une
nouvelle fois de m’accrocher à un souvenir, un beau souvenir, mais tous me
ramenait à ses yeux dorés. Je voulais tout effacer. Je ne pris même pas la
peine de réfléchir. Je franchis la frontière de l’incompréhension et me mise à
courir le plus loin possible les yeux fermés. Le noir complet m’enveloppa, tel
un ange qui s’en va au ciel…
Je
me réveillai en sursaut. La lumière de la pièce m’aveugla un instant et je dû
mettre mon bras devant mes yeux. Je reconnu tout de même la chambre d’hôpital
dans laquelle j’étais placée. Je sentis la présence de quelqu’un pas très loin
de moi. Je tournai la tête vers le coté, une femme était assise et lisait sur
une chaise. Un seul mot franchit la barrière de mes lèvres.
-
Maman…
J’étais
concentrée dans mes lectures, jusqu’à ce que j’entende un mot que je n’avais
pas entendu depuis longtemps. Je relevai la tête vivement. Ma fille me
regardait de ses grands yeux bleus, dans son lit. Je lui souris calmement et je
m’approchai d’elle. Je lui caressai les cheveux. Je savais que le fait qu’elle
m’ait appelé « Maman » à ce moment précis n’était qu’une pensée rapide
venant d’aucun moment précis de sa vie. Une toute simple coïncidence qui me déchirait
le cœur. Je ne laissais paraître rien…ce
n’étais pas sa faute, cela aurait pu arriver à n’importe qui. Il y a longtemps,
chacun avait ses capacités, une capacité maintenant dite surnaturelle, mais une
capacité quand même. On nous les avait tous retirer un par un, pour pouvoir
vivre humainement, normalement. Normal, ne faisait pas partie de notre
vocabulaire d’avant, mais maintenant chacun s’est habitué. C’est après qu’on
lui a enlevé ses capacités que ma fille est devenue amnésique. Elle n’a plus jamais
eu un souvenir cohérent à partir de ce moment-là.
Ma
mère semblait réfléchir. Elle ne voyait pas que la situation avait changée. Je
me demande de toute façon comment elle aurait compris, un simple mot n’amène
pas toujours à la bonne conclusion. Elle ne semble plus avoir grand espoir et
pourtant…je me rappelle. Je l’appelai une deuxième fois. Cette fois, elle me
fixa et son visage était tranché par l’incompréhension et la surprise. Je
souris doucement.
-
Maman. Je me souviens. Je me rappelle ce
que je suis. Ce que j’étais. Je t’aime.
Des
bras vinrent m’enlacer la taille et je la serra très fort entre mes bras.
Contre son épaule, mon regard se porta vers mon bras. Ma marque ne fluoresçait
plus, elle était terne, mais elle me faisait sourire, me rappelais mon passé.
Tous les souvenirs se rassemblaient.
Lui,
m’avait demandé de danser, de m’amuser, d’être ce que j’étais une dernière fois
avant de tout perdre ce qui faisait de moi la femme que j’étais. Lui étais
partie, avait tout préparé. Lui, il savait ce qui allait m’arriver, lui était
l’homme qui m’avait complètement changé. Le dernier moment était mon souvenir
le plus fort, celui le plus facile auquel me rattacher. Mon imagination s’y est
mêlée, ce qui faisait que la réalité et ce qui ne l’est pas s’entremêlait, mais
ne me barrait jamais la route. De
l’autre côté, ce que je cherchais s’était moi-même. Le reflet de moi dans
l’écran de fumée, c’était lorsqu’on me retirait ma capacité. Même si ce
souvenir n’est pas celui que j’ai aimé, il est le dernier moment que je me suis
souvenue. Lui était là, la coordonnait, vérifiait que j’allais bien, même si
j’avais été totalement contre l’idée de tout perdre ce que j’avais. Je m’étais
sentie prisonnière de mes moyens dans ce moment-là car je ne pouvais rien y
faire pour y remédier. Être normaux était devenue une habitude pour tous. Elle
ne le sera sûrement jamais pour moi. Tous les moyens que je connaissais dans
ces moments-là ne faisaient maintenant plus partie de ma vie. Il ne me restait
qu’une seule chose à laquelle m’accrocher pour encore me souvenir le plus
possible de ces moments. Lui.
J'adore
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